Green deal
En 2021, l'UE a conclu le Green Deal ou Pacte Vert avec l'ambition de devenir le premier continent à atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Une grosse partie de ce Pacte Vert est forcément dédiée à l'agriculture. Reste à savoir comment atteindre les objectifs fixés pour l'agriculture tout en s'accordant avec la mutation du visage agricole en France. Ainsi, c'est avec une logique "d'intensification durable" que la France a choisi d'aborder ce travail. L'intensification durable est le fait de continuer d'augmenter les rendements agricoles, en s'appuyant sur une utilisation plus durable et plus efficace des intrants, une continuité du progrès scientifique en matière de sélection variétale et de garder des espaces pour que la biodiversité puisse survivre. [2] Sur le papier, cette pratique est la plus "simple" à associer à nos habitudes alimentaires (régime trop riche en produits d'origine animale et surtout carnés, alimentation ultra-transformée et peu couteuse, ...). Elle s'associe aussi à la volonté de continuer d'être une grande puissance exportatrice de produits agricoles, et à la conjoncture actuelle de disparition de nos paysans, en agrandissant et mécanisant d'autant plus nos fermes, réalisant ainsi des "économies d'échelles". Cette façon de concevoir le modèle agricole semble plutôt efficient sur beaucoup d'aspects mais beaucoup s'inquiètent du réel impact, notamment écologique qu'elle peut avoir. Elle serait aussi nocive pour la qualité des sols.
Une autre façon de voir existe : la transition agroécologique. Un modèle agricole reposant sur la restauration de la biodiversité et l'amélioration des sols, qui stockeront ainsi plus de CO2, et garderont plus l'humidité pour limiter les crues, et être plus résilient face aux sécheresses. Ce modèle demande une réelle volonté politique. Suite au signal de départ de cet élan venant du Pacte Vert de l'UE, cet élan semble aujourd'hui perdre de son intensité.
Adopter ce modèle veut dire modifier le régime alimentaire de notre société, vers moins de produits d'origine animale consommés mais de meilleure qualité, plus de produits bios. Installer plus de paysans, ré-augmenter le nombre de fermes pour les voir plus petites. Se former. Co-habiter avec la biodiversité pour être plus résilient. Accepter une diminution des rendements et donc une balance commerciale moins exportatrice. Accepter l'augmentation du prix de l'alimentation mais en outre économiser sur les dépenses de santé et de traitement de l'eau potable de nos collectivités. Les exportations de produits agricoles diminueront, mais les fonds d'investissements pour garder le modèle agricole actuel encore vivant pourraient servir à des fonds de développements pour que les pays moins développés construisent leur propre modèle agricole résilient et soient donc plus souverains.
En somme, ce modèle implique de redonner une logique paysanne, locale et résiliente à notre alimentation. Le nombre de paysans, paysannes et de salarié.e.s agricoles augmenteraient, donc plus d'emplois, mieux rémunérés et avec plus de sens car reconnectés au Vivant. Nous diminuerons voire arrêterons de consommer des engrais, très polluants à produire. Cela implique aussi de redonner du lien dans notre société entre citoyens et agriculture. En redonnant aux citoyens, le temps, la connaissance et les moyens de cuisiner des matières premières, plus saines et moins couteuses. Iels pourraient participer à leur propre production de fruits et légumes aussi, avec des jardins communs en ville comme en ruralité. Nous serons ainsi plus souverains dans notre alimentation, et redonnerons enfin assez de place à la biodiversité pour s'épanouir dans le lieu le plus logique pour se faire soit dans nos campagnes.